Le 6 février dernier, 103 coups de bombardes étaient tirés dans Hyde Park et devant la tour de Londres pour célébrer les 60 ans de règne d'Élisabeth II, par la grâce de Dieu, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagneetd’Irlande du Nord et de ses autres royaumes et territoires, chef du Commonwealth, défenseur de la foi, etc... etcetera... Ces Gun salutes ouvrent plusieurs mois de festivités, débordements d'affection et génuflexions, panem et circenses (Big lunch & Epsom Derby si vous préférez). Mais dans la sobriété et la frugalité, temps d'austérité oblige.
Si l'on n'est pas très sensible au charme désuet de la monarchie, ni abonné à Point de Vue (Images dumonde) la chronique royale devrait laisser indifférent, malgré qu'il s'agisse du second Diamond Jubilee de l’histoire de la monarchie britannique (Après celui la reine Victoria en 1897).
Cependant, vu à travers le prisme du punk rock (Évidemment suivant le degré de loyauté qu'on pense devoir vouer à la couronne britannique), on a pu constater une expectation réelle. Tout le monde ayant encore à l'esprit le fameux Silver Jubilee de 1977, les Sex Pistols, leur single de lèse-majesté et leur promenade en barque sur la Tamise (Évoquant le film de Frank Lloyd pour les uns et le tableau de Géricault pour les autres). Quoiqu'on en dise, préméditée ou non, cette performance irrévérencieuse est restée inégalée à ce jour.
Silver Jubilee boat trip
"You don't write a song like' God Save The Queen' because you hate theEnglish race. You writea song like that because you love them, and you'refed up of seeing them mistreated."
John Joseph Lydon ci-devant Johnny Rotten chanteur des Sex Pistols (Extrait du
documentaire "L'Obscénite et la fureur", Julien Temple, FilmFour Limited/Nitrate Prod. , 2000).
Beaucoup de gens attendaient, l'occasion faisant le larron, peut-être pas un nouvel hymne alternatif au Jubilé de Diamant, mais une réaction, si possible avec basse, guitare, batterie et un peu d'humour. Quelque chose qui fasse, un tantinet, sortir de sa réserve sa Gracieuse Majesté quoi. Un soupçon de poil à gratter sur l'auguste couenne à Lilibeth.
Mais on aura eu beau scruter son écran T.V., parcourir le net, feuilleter les journaux, écouter sa radio... Rien, pas le moindre son discordant dans le concert de louanges à la Reine mère, Apathy in the UK.
On peu s'en étonner, l'époque étant tellement encline à la vocation spontanée de musiciens doublés d'implacables révolutionnaires, le couteau entre les dents, dignes descendants des damnés de laterre et des forçats de la faim ambitionnants d'affranchir (enfin !), le genre humain.
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils n'ont pas été très expansifs sur ce coup là les Arthur O'Connoren herbe. De Trooping the Colour à la River Pageant, Her majesty leur donne pourtant du grain à moudre. Probablement qu'il est plus valorisant (et facile) de traquer l'ambiguïté politique supposée sur la toile plutôt que de donner dans l'offense séditieuse et sacrilège (Et puis, n'est ce pas, c'est toujours tellement mieux lorsque ce sont les autres qui prennent des risques...).
Tout au plus et en cherchant bien, Class War aura voulu marquer le coup en ironisant sur la présence de Madness au concert du 4 juin et par l'édition d'une image numérique compressée JPEG. Mais bon, à part quelques rares courtisans et monarchistes, ça choque qui ?
Certes, pour être objectif, il convient de préciser que la situation économique présente n'est pas encore comparable à celle de juin 77 et le ressentiment actuel préférentiellement tourné vers les traders plutôt que vers la maison de Windsor.
Notre propos n'est d'ailleurs pas une quelconque remise en cause de la monarchie parlementaire, mais plus certainement un constat affligé (et affligeant) de la "rebel attitude" dans le monde de la musique contemporaine.
Mais avant de tomber dans le passéisme forcené et de s'appesantir dans les comparaisons peut-être vaut-il mieux, pour se faire une idée juste, s'enquérir de l'opinion deSir Rottensur ses wannabees :
"...Has his philosophy evolved since Anarchy in the UK ? "Well, I've watchedthe anarchymovement for many a year and have found it to be amusing atbest - a mind game for the middleclass, I said 30 years ago. I haven't seenanything different." Look at the anti-globalisation activists, he says. "They allrally behind these flags they buy in chain stores, they fly on planesaroundAmerica to go to anarchist demonstrations, they've all got laptops and mobilephones, they're all dressed to the nines in corporate clothing. It's all adesigner trap. The food they eat - organics only ! Well, that's corporate designthrough and through. The idea of selling you a dirtypotato. Hahahaaha !,andmaking money from it."
The Guardian, Friday 17 May 2002 (the Golden Jubilee year).
Dans cette ambiance léthargique même Johnny (Qui partage au moins quelque chose avec la monarque : le goût pour les chapeaux. Ce sont même, tous les deux, de grand capéophile devant l'Éternel) n'y aura pas encore été de son habituel commentaire délétère et sarcastique(Quoique si l'on vient lui proposer de l'argent pour cela, ayant payé cher ce droit, il aurait bien tord de se priver). Sans doute que c'est trop prévisible pour lui (Ce qu'il ne goûte guère, voir son opinion sur le mariage de Willset Kate) et un brin surfait.
Détournement d'une publicité pour un opérateur de téléphonie
Néanmoins quelques vieux de la vieille se réunirons tout de même début juin (Le choix n'est pas anodin puisqu'il coïncide avec les jours décrétés fériés), pour encenser le dernier jubilé (Ce en quoi ils ont probablement raison, Élisabethallant vers ses 86 ans). Mais aussi sympathique soit ces vieux punks et malgré que nombre des groupes annoncés assurent encore musicalement, tout cela est depuis longtemps de l'ordre du memorabilia.
Cela évoque plus une réunion de Croix de feu d'avant-guerre (Voir même, il faut être lucide, de froidequeue pour certains) qu'une conjuration, toute folklorique soit-elle. Pas de quoi se retrouver soumis au supplice du chevalet dans la Tower of London.